
Dark disco, heavy electro, soft goth, frozen balearic, gay biker house, de la musique électronique qui n'a pas peur d'effrayer les gens, du rock & roll avec des synthés, ce que la France a produit de plus excitant en matière de musique électronique depuis Daft Punk, whatever, plus vraiment besoin de faire les présentations : Black Strobe rosse, tue, défouraille, surchie, dérouille et bat comme plâtre
wherever it steps its boots on, et si t'as loupé aucun épisode ça fait aujourd'hui dix ans que tu le sais. Mais averti ou pas, tu ne cracheras pas sur une petite révision avant la sortie de leur très (mais alors
TRES) attendu premier album, dont on a pu avoir un aperçu pour le moins punishing sur un maxi promo distribué au compte-gouttes lundi dernier incluant deux nouveaux titres ("Black Metal" et "Buzz Buzz").
Blind-test avec Arnaud Rebotini,
metal maestro extraordinaire.
Interview réalisée en mars 2006 et parue dans Versus # 7.SWANS "Raping A Slave" (extrait de Cop)
(Immédiatement) Les Swans, non ?
C’est un des groupes qui a provoqué ta rencontre avec Ivan Smagghe.Oui, on faisait partie de la même bande de potes qui se sont plus ou moins rencontrés à tous ces concerts indie, noise, indus, enfin toute cette scène-là, qui allait de Jesus And Mary Chain à Sonic Youth, en passant par Swans, Cabaret Voltaire, etc. On traînait tous ensemble, il y avait DJ Grebo, Jérôme Mestre, qui est maintenant le boss de PIAS France, Marc Collin de Volga Select et Nouvelle Vague.
Comment s’est fait le passage vers la musique électronique à l’époque ?Très naturellement, puisque notre génération a vu naître la techno. Et puis c’est arrivé par le même circuit indie au final. Les premiers disques de Warp, comme Sweet Exorcist, c’était vraiment des trucs indie, ou du moins perçus comme tels.
NITZER EBB "Getting Closer" (extrait de Showtime)
(Dès la première seconde)Nitzer Ebb ! Je suis en train de faire un remix de ce morceau en fait, pour la compilation qui sort d’ici peu.
C’est une des influences principales dans Black Strobe. Vous avez aussi un autre point commun avec eux, c’est d’avoir un public très éclectique.Oui, des clubbers, des gens qui viennent du public indie, de la scène plus dark, du metal. Ça donne un bon mélange au final, et c’est aussi un peu dans cette optique-là que j’avais lancé les soirées
Sometimes Funky People Are Dressed In Black. Mixer de l’electro avec des trucks plus rock, du metal, de l’EBM, de la new wave. Aujourd’hui, quelqu’un comme Erol Alkan fait ça très bien, avec un côté plus entertainment que moi, des morceaux plus accessibles. Je pars aussi du principe que les gens qui vont en club, surtout en ce moment, écoutent vraiment très peu de musique électronique chez eux au final. Ils achètent la compile de leur DJ préféré ou le disque de quelqu’un qui leur a plu un soir, mais à côté de ça, ils vont écouter majoritairement autre chose.
Les groupes qui refont surface sur scène en ce moment, comme Nitzer Ebb justement, ou Sisters Of Mercy, tu en penses quoi ?En général, je suis toujours curieux de voir. Au pire ce sera marrant, au mieux ça peut être une bonne surprise. Par contre, j’ai vu que Venom revenaient aussi, là j’ai un peu plus de mal à comprendre
(rires). Ils ont un nom, une histoire, de super pochettes, mais leurs disques sont inécoutables. À l’époque, c’était déjà limite mais là, c’est carrément plus possible
(rires). Les bons groupes de cette période-là, c’était surtout Bathory et Celtic Frost, quand même. Ça va être atroce sur scène en plus. Cela dit, ressortir le cuir, l’artillerie pour aller voir Venom, c’est un trip, ça peut être hyper marrant. Peut-être que j’irai en fait
(rires).
CLAUDE DEBUSSY "Prélude De La Cathédrale Engloutie"
(extrait de L'Oeuvre Pour Piano)
C’est Debussy. À chaque fois que je fais un blind-test, j’ai droit à Debussy
(rires).
Il faut dire que c'est une de tes plus grosses influences.C’est surtout la démarche de Debussy qui me fascine. C’est un personnage que j’adore, qui n’a l’air de rien comme ça, au départ. Un petit gros de St Germain En Laye, qui rate un peu ses études et qui va finalement créer une révolution musicale incroyable, en transgressant toutes les règles préétablies. J’aime le personnage, sa musique, qui peut être très douce tout en gardant une force incroyable.
NEUROSIS "Through Silver In Blood" (extrait de Through Silver In Blood)
Ça pourrait être Neubauten… Au son de batterie, c’est un groupe plutôt metal. Peut-être Neurosis ?
Sur l’album de Zend Avesta (précédent projet de Rebotini, sur lequel avaient collaboré Mona Soyoc de Kas Product et Alain Bashung), il y avait pas mal d’ambiances qui se rapprochaient de ce qu’ils font. Tu penses donner une suite à ce projet un jour ?Pour le moment je finis Black Strobe, mais je ferai peut-être un autre Zend Avesta après. Je me disais qu’en faire un tous les dix ans serait un bon concept
(rires). Ce disque a eu un gros succès critique, bien au-delà de ce que je pouvais imaginer. La presse l’attendait comme un album de jungle/breakbeat expérimental vu que c’est ce que je sortais à l’époque sous ce nom-là. Et au final, ça n’a pas été ça du tout. J’aurais bien envie de refaire le même coup un jour, j’ai quelques idées déjà, peut-être partir dans une direction nettement plus radicale, dans l’esprit Ipecac/Mike Patton. C’est un truc qui m’intéresserait énormément.
DARKTHRONE "Under A Funeral Moon" (extrait de Under A Funeral Moon)
(Dès la première seconde) C’est Darkthrone. J’ai fait un morceau pour l’album de Black Strobe qui est carrément dans l’esprit de Burzum, avec ce côté très hypnotique, qu’on trouve aussi chez Darkthrone mais qui ressort de façon moins évidente vu qu’ils ont un son très garage. J’adore l’album
Filosofem de Burzum, on y retrouve quelque chose d’assez commun avec la musique électronique et qui n’existe pas en général dans le metal, c’est ce côté justement répétitif, hypnotique. Mais j’aime aussi le black plus brutal. Darkthrone c’est vraiment les punks d’aujourd’hui. Tout le monde se la raconte avec le punk, alors que c’est un concept qui n’existe pas, c’est juste un effet générationnel, le punk n’a jamais vraiment existé. La vraie révolution, elle se situe bien avant, même bien avant l’apparition du rock’n’roll en fait. Mais ces groupes-là ont un vrai esprit crade, méchant, dangereux. J’aime bien leur côté politiquement incorrect, sans toutefois cautionner les dérives tendancieuses de certains. Et musicalement y’a des trucs vraiment forts comme cet aspect hypnotique dont je parlais, mais aussi tout le travail sur le rythme, cet effet de nappe créé par les guitares.
D'ailleurs A Blaze In The Northern Sky de Darkthrone est sorti en même temps que Loveless de My Bloody Valentine, et à l’époque, on comparait beaucoup les deux disques à cause des murs de guitare tellement denses qu’ils créaient au final le même effet évanescent, éthéré.Exactement ! Il y a un groupe français que j’adore, Blut Aus Nord, chez qui tu sens vraiment les influences My Bloody Valentine, Godflesh, Sonic Youth, en plus d’une base black plus classique. Ce sont des références très proches au niveau de la texture sonore.
BLACK STROBE "Paris Acid City" (extrait de Paris Acid City)
Ok
(rires).
C’est votre premier maxi, sorti en 1997, en pleine vague house filtrée.Ouais, en pleine french house… C’était quand même un morceau très housey ceci dit.
Mais la face B, "Funk Is Not Always Where You Think", était déjà très sombre.Oui, sauf que ce morceau, tout le monde l’a zappé à l’époque, à part Laurent Garnier qui avait adoré. Le maxi a eu un certain succès cela dit. Pourtant à la base, c’était vraiment plus une blague qu’autre chose. Ivan et moi, on bossait à la boutique Rough Trade, je portais toujours des t-shirts de metal et ça faisait grincer quelques dents
(rires). C’était avant que ça devienne "acceptable" et qu’on voie tout le monde débarquer en t-shirt AC/DC. D’où l’idée de la pochette, qui faisait directement référence à Kiss. Pareil pour le titre, on voulait absolument caser "Acid" dedans vu que le terme était tombé en désuétude, que plus personne ne voulait en entendre parler.
Vous enchaînez trois ans plus tard avec Innerstrings.Je l’ai d’abord sorti sur mon propre label, Back In Black, et c’est Chronowax qui m’a littéralement sauvé la vie en le distribuant vu que personne n’en voulait ! Et puis c’est arrivé entre les mains de Trevor Jackson, qui l’a ressorti sur Output six mois plus tard et c’est devenu une sorte de classique.
Le maxi suivant Me & Madonna est nettement plus léger. On sent notamment pas mal d’humour dans les paroles.Oui et non, parce que sur
"Innerstrings", il y avait déjà un côté second degré pour moi. La voix, les paroles, le riff très en avant, ça fait directement référence à tout un tas de clichés dark / goth qui moi, m’amusent énormément. La plupart des groupes dans cette mouvance ont un côté second degré évident et totalement assumé. Un groupe comme Sisters Of Mercy, je ne peux pas prendre leurs paroles au premier degré. Et puis le côté freaks, famille Addams… Tout ça fait partie du décorum en fin de compte.
Fin 2003, vous sortez "Italian Fireflies", votre plus gros succès. Un morceau qui a failli ne jamais sortir.Oui, à la base c’était un remix qu’on avait fait pour Goldfrapp et qui a été refusé. Et puis Kitsuné nous ont contactés pour nous demander un titre inédit pour leur nouvelle compilation, alors on leur a proposé la bande instrumentale de ce remix, sans grande conviction. On n’a pas cru une seconde au succès de ce morceau. Il est très différent des autres, il a un côté vraiment cheap, il est à moitié fini, et puis il y a ce blanc assez long, en plein milieu, sur lequel il y avait à l’origine une voix. Mais qui fonctionne, bizarrement
(rires).
Vos deux derniers maxis, Chemical Sweet Girl et Deceive/Play empruntent une direction plus rock, presque metal par moments.C’est une direction que j’avais envie de prendre, un peu à contre pied d’ailleurs, puisque la scène electro a tendance à être de plus en plus soft avec tout ce trip minimal, qui est un terme idiot vu que la techno a toujours été minimale par essence
(rires). La musique purement club c’est bien, mais ça reste ultra-fonctionnel. C’est génial à faire, il y a une super énergie, mais d’un autre côté j’ai aussi envie de faire autre chose en tant que musicien.
ASCII.DISKO "Baphomet" (extrait d’Alias)
Tu vas arriver à me coller je crois là... Je ne vois pas.
C’est un extrait du dernier Ascii.Disko. C’est quelqu’un qui a aussi un gros background rock et metal, un son proche du vôtre. Avec Black Strobe, je ne sais pas si on peut déjà parler d’influence, mais en tout cas vous avez ouvert une brèche pour pas mal de gens dans le milieu electro.C’est ce qu’on nous dit souvent. C’est vrai qu’on entend beaucoup de similitudes, chez des gens comme Huntemann par exemple. Mais ce n’est pas toujours aussi réussi, j’ai entendu des sous-Black Strobe vraiment très mauvais
(rires). Il faut dire qu’avec ce genre d’éléments, tu peux vite tomber dans un truc un peu vulgaire.
SISKID "1 Gram" (extrait du maxi Hummer)

Ça c’est… Ahh, je connais que ça… Ah, c’est Siskid ! Aïe, il va me tuer là
(rires).
Il fait partie de la formation live de Black Strobe depuis peu. Il vous aura fallu du temps finalement pour trouver vos marques avec le live. Entre vos derniers concerts et ceux d’il y a 2-3 ans, la différence est énorme.Oui, au début le mélange entre les différents éléments ne se faisait pas sur scène. L’idée, ça a tout de suite été : s’il s’agit de faire du live, d’être sur scène, alors allons-y vraiment, faisons un vrai concert et pas un truc le cul entre deux chaises. Je voulais que ça joue vraiment. Et depuis qu’on a recentré la formule, qui est à la fois plus rock, plus dure, de par la configuration et le son des nouveaux morceaux, et plus club vu que les morceaux sont tous mixés entre eux sur scène, ça fonctionne vraiment.
J’ai l’impression que Black Strobe marche nettement plus à l’étranger qu’en France.C’est vrai. À l’étranger, on fait des dates tout le temps, ça marche super bien. Ici, j’ai l’impression qu’on est perçus différemment. On dirait que les gens sont méfiants de voir des gens issus de la musique electro faire du rock, ça casse avec la représentation du DJ/producteur tout blanc avec des lunettes qui ne sort jamais de son home studio… Et puis il y a tout ce contexte actuel de "faux rock" qui fait qu’on peut aussi être mal perçus par des gens qui ne connaissent pas notre parcours.
Alors d'un côté, vois-tu, j'ai envie de faire ma pute et de ne pas mettre à disposition les deux titres du fameux maxi limité, mais de l'autre je veux aussi voir ta grosse gueule de porc se faire laminer pour pas un rond. J'ai donc décidé de couper la poire en deux avec le dernier remix des boucheries Rebotini sorti sur Mental Groove il y a quelques jours à peine. Et vu le niveau du poutrage, on peut dire que tu t'en sors bien.
Water Lilly - Invisible Ink (Black Strobe's Arnaud Rebotini Mix)